Nouvelles de nos abeilles et de leur environnement (20/10/2018)

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Soyons nombreux à célébrer les 125 ans de notre société d’apiculture dans la convivialité et la bonne humeur, avec tous les membres et les amis de la SRAWE.

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Invitation au banquet SRAWE125

Le glyphosate perturbe le microbiote intestinal des abeilles mellifères

Synthèse – Référence

Le glyphosate est souvent présenté comme étant inoffensif pour l’homme ou l’abeille car il attaque, inhibe  une enzyme (EPSPS synthase) n’existant pas chez eux.

Or il s’avère que cette enzyme est fondamentale pour la survie de la flore intestinale de l’abeille, qui est à son tour indispensable à son immunité (et probablement aussi pour celle de l’homme, malgré que l’étude n’en parle pas) ….

Une publication de : Erick V. S. Motta, Kasie Raymann, and Nancy A. Moran; University of Austin, Texas; édité par University of Hawaii at Manoa, Honolulu; 2018 http://www.pnas.org/content/early/2018/09/18/1803880115Glyphosate perturbs the gut microbiota of honey bees

Le Glyphosate cible l’enzyme EPSPS synthase

Le glyphosate était généralement considéré comme le pesticide le moins nocif en agriculture car son action est d’inhiber l’enzyme EPSPS synthase (5-Énolpyruvylshikimate-3-phosphate synthase). Cette enzyme intervient chez les plantes, les bactéries, les mycètes, les protistes où elle catalyse une réaction indispensable pour alimenter la biosynthèse de certains acides aminés aromatiques (voie du shikimate, ou voie de l’acide shikimique); privées de ces acides aminés aromatiques, les plantes exposées au glyphosate ne peuvent plus synthétiser leurs protéines, et finissent par mourir.

Or cette voie métabolique n’existe pas chez les animaux (ni chez l’homme) qui doivent se procurer ces acides aminés à partir de leur alimentation car ils ne peuvent les produire eux-mêmes par leur métabolisme. C’est ce qui laissait supposer que le glyphosate est inoffensif pour l’homme et pour les animaux.

  • Cependant, cette étude démontre que le gène encodant l’EPSPS est présent dans presque tous les génomes séquencés des bactéries de l’intestin des abeilles, ce qui indique qu’elles sont potentiellement sensibles au glyphosate.

Les formes d’EPSPS synthase ont été classées en deux groupes phylogénétiques, en fonction de leurs liens de parentés plus marqués:

  • Les enzymes de classe I sont présentes chez toutes les plantes et chez certaines bactéries ; elles sont généralement sensibles au glyphosate
  • Les enzymes de classe II sont présentes seulement chez quelques bactéries et sont résistantes au glyphosate.

C’est cette caractéristique qui a été utilisée pour produire des plantes génétiquement modifiées résistantes au glyphosate : Monsanto a identifié une souche de bactéries du genre Agrobacterium, appelée CP4, qui demeure viable en présence de glyphosate, et a pu développer des plantes génétiquement modifiées pourvues du gène CP4 EPSPS, c’est-à-dire exprimant la forme d’EPSP synthase résistante au glyphosate.

Le glyphosate perturbe la communauté bactérienne intestinale des abeilles

Le microbiote intestinal des abeilles mellifères est dominé par 8 espèces de bactéries. Chacune de ces espèces présente une diversité de souches qui ont des différences dans leurs capacités métaboliques et une tolérance variable par rapport au glyphosate (en gras, les espèces dominantes) :

CLASSE 1 : BACTERIES SENSIBLES

  • Snodgrassella alvi,                                                              
    • Mais certaines souches sont résistantes pour raison encore inconnue
  • Gilliamella apicola,                                                               
  • Frischella perrara,                                                 
  • Bifidobacterium spp. (phylum Actinobacteria),     
  • Alpha 2.1 (phylum Proteobacteria).                             

CLASSE 2 : BACTERIES INSENSIBLES

  • Lactobacillus spp. Firm-4,                                 
  • Bartonella apis,

NON CLASSEES (bactéries n’ayant pas le gène encodant EPSPS)

  • Lactobacillus spp. Firm-5 (phylum Firmicutes)

Une exposition au glyphosate favorise les espèces tolérantes au glyphosate et défavorise les espèces sensibles.

L’étude montre que l’abondance absolue et relative des espèces dominantes diminue. L’étude montre aussi que les effets peuvent varier en fonction de la durée d’exposition et de la concentration du glyphosate, et que des souches différentes d’une même bactérie peuvent présenter une sensibilité très variable.

Le glyphosate perturbe le développement du microbiote intestinal des jeunes abeilles ouvrières

Les abeilles naissantes sont presque dépourvues de flore intestinale : elles acquièrent leur microbiote intestinal normal par des interactions sociales avec les autres ouvrières durant les premiers jours après leur naissance.

Il faut donc considérer séparément les effets du glyphosate sur des abeilles adultes, déjà pourvues de leur microbiote intestinal, et ceux sur des abeilles naissantes, qui doivent encore le constituer.

L’étude montre que, lorsque de jeunes abeilles reçoivent du glyphosate en même temps qu’elles acquièrent leur microbiote intestinal normal, l’abondance des bactéries favorables est réduite.

Le glyphosate rend les jeunes abeilles plus sensibles aux bactéries pathogènes

Une expérience a été réalisée en exposant des jeunes abeilles exposées au glyphosate à une bactérie pathogène opportuniste : Serratia Marcescens

L’étude montre que le glyphosate réduit l’effet protecteur du microbiote intestinal contre les pathogènes opportunistes, et que Snodgrassella alvi est la bactérie qui en est le plus négativement affectée. Elle montre également que, si S.alvi offre un effet de protection direct, cette bactérie agit aussi en permettant au microbiote complet de s’activer, permettant ainsi une meilleure protection.

Conclusion

Comme beaucoup d’animaux, les abeilles mellifères dépendent de leur microbiote intestinal pour une variété de fonctions, y compris la digestion de la nourriture, la régulation du système immunitaire et la défense contre les pathogènes. Des perturbations de ce système peuvent pour elles avoir des conséquences négatives.

L’étude montre que le glyphosate affecte de plusieurs façons la composition du microbiote intestinal des abeilles, et que cette influence varie selon les espèces de bactéries et leurs souches.

Ces dérèglements affectent la résistance des abeilles aux pathogènes ainsi que leur nutrition.

À propos de Michel Fraiteur

Apiculteur amateur depuis 1977. Président de la SRAWE
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