Etat de la biodiversité mondiale pour l’alimentation et l’agriculture (II)

Rôle et importance de la Biodiversité pour l’Alimentation et l’Agriculture

Pourquoi faut-il protéger la BAA ? A quoi sert-elle ? Dans ce deuxième article, nous analysons les principaux rôles et l’importance de la BAA.

Les services écosystémiques

Les moyens d’existence et le bien-être de l’humanité dépendent immensément des écosystèmes terrestres, ce que l’on appelle maintenant les services écosystémiques; ils englobent tous les bénéfices dont les humains bénéficient, fournis par les écosystèmes.

En tout premier lieu viennent les services d’approvisionnement: toute la production de nourriture, mais aussi de combustible, de matériaux de construction, de fibre pour fabriquer des textiles, de produits médicaux et chimiques, d’objets de décoration, etc, etc.

Ensuite viennent les services de support et de régulation:

  • services de pollinisation: on estime que 87,5% des plantes à fleurs sont pollinisées par des animaux; 35% des récoltes globales mais plus de 70% de la vitamine A et 90% de la vitamine C. Les abeilles, sauvages et domestiques, sont les principaux pollinisateurs. Si quelques cultures intensives louent des services de pollinisation, la majorité les cultures sont pollinisées par les abeilles locales, gérées par des apiculteurs ou sauvages. On a démontré que les pollinisateurs sauvages améliorent les services de pollinisation même en présence d’abeilles domestiques et qu’une plus grande diversité dans les espèces de pollinisateurs augmente les rendements et stabilise la pollinisation en cas de fluctuation des diverses populations.
  • services liés au sol: formation et maintenance d’un sol arable de qualité, essentiellement fournis par des micro-organismes et des invertébrés; décomposition & recyclage, apport de nutriments, protection contre l’érosion; des communautés microbiennes équilibrées peuvent aider les plantes à lutter contre leurs pathogènes
  • services de qualité de l’air et de régulation du climat: régulation de la concentration des gaz à effets de serre (la rétention ou le relâchement du carbone dépendent de processus complexes impliquant une quantité énorme d’espèces en interaction !); régulation de la température et des précipitations.
  • services de régulation des aléas naturels: protection contre les évènements climatiques extrêmes, les inondations, tempêtes de sable, glissements de terrain
  • services de régulations des nuisibles et des maladies: agents de contrôle biologique, qu’ils soient présents naturellement ou introduits pour combattre un fléau particulier.
  • services liés à l’eau: régulation de la quantité et de la qualité de l’eau: de très nombreux organismes différents contribuent à la filtration de l’eau.
  • services d’habitat: des systèmes naturels ou semi-naturels servent d’habitat à une grande variété d’espèces alors que les systèmes cultivés se concentrent en général sur une ou quelques espèces domestiques et ont largement éradiqué les restes de nature qui auraient pu contribuer à fournir un habitat diversifié. Cependant, on note des systèmes de culture ou d’élevage qui sont riches en biodiversité: des jardins privatifs diversifiés, des cultures en mosaïque, des aires de conservation, …

La BAA fournit aussi des services culturels: la BAA a une influence majeure sur l’esthétique de notre environnement; elle a une utilité récréationnelle, spirituelle, éducative

La résilience

La BAA peut également améliorer la résilience des systèmes et réduire leur vulnérabilité aux stress et aux chocs. Elle peut fournir des solutions pour adapter les systèmes de production au changement climatique et à d’autres menaces comme les espèces invasives.

La FAO a défini la résilience comme la capacité à prévenir et à atténuer les désastres et les crises, à les anticiper et les absorber, à en récupérer et à s’y adapter de façon rapide, efficiente et soutenable. Cela inclut la protection, la restauration et l’amélioration des moyens d’existence face aux menaces qui impactent l’agriculture, la nourriture et la sécurité alimentaire.

Il est donc prioritaire de conserver et de développer la BAA et de la garder disponible pour les producteurs.

La plantation d’arbres, de haies et de bandes fleuries en bordure des champs est un exemple de pratique qui améliore la résilience en favorisant les pollinisateurs, les agents de contrôle biologique et les vers de terre.

Intensification soutenable

Le besoin d’assurer la sécurité alimentaire d’une population dont on prédit qu’elle va croître aux environs des 9,8 milliards en 2050 (contre entre 7,6 et 7,7 milliards au 1er janvier 2019: +8,8%) veut dire qu’il sera nécessaire d’accroitre la quantité de nourriture produite ainsi que sa qualité nutritionnelle. La production de produits non-food devra s’accroître également. Le challenge est exacerbé par le fait que les systèmes de production qui dominent actuellement ont de sérieux impacts environnementaux négatifs et qu’ils seront de plus en plus considérés comme non soutenables.

Il faudra donc produire plus et de meilleure qualité en consommant moins de terres, moins d’eau et moins d’intrants. La BFA peut y contribuer; le rapport établit des priorités:

  • améliorer les connaissances afin de combiner au mieux les pratiques existantes et les nouvelles approches
  • identifier les moyens d’adapter des méthodes de gestion soutenables aux conditions agroécologiques et socioéconomiques locales
  • développer des mesures de mise en œuvre et de formation appropriées

De nombreux exemples d’améliorations possibles sont donnés; épinglons quelques possibilités d’intervention dans le domaine des pollinisateurs:

  • réintroduire des pollinisateurs sauvages dans les milieux agricoles
  • protéger, améliorer et étendre les habitats naturels des pollinisateurs en zone agricole par les jachères, l’agroforesterie, les bordures plantées, …
  • mettre en œuvre une gestion commune des pollinisateurs sauvages et introduits
  • réduire l’usage des pesticides
  • adopter une certification environnementale « Ami des pollinisateurs »
  • améliorer les connaissances en matière de pollinisation, d’interdépendance entre les espèces, en particulier en ce qui concerne les cultures d’importance faible ou moyenne, et les effets des changements climatiques

L’amélioration génétique est considérée comme un des outils les plus importants pour accroître la productivité et la stabilité des systèmes de production. Cependant, la rapport note qu’actuellement, dans de nombreux cas, les modification génétiques sont effectuées dans le cadre de systèmes de production non soutenables parce que polluants, dépendants de ressources non renouvelables, ou trop vulnérables au changement. L’hybridation dans un but d’intensification soutenable doit être mieux adaptée. L’adaptation aux changements climatiques exigera la conservation d’un grand portefeuille de ressources génétiques adaptées localement.

 


A propos Michel Fraiteur

Apiculteur amateur depuis 1977. Président de la SRAWE
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